Etape 9: De Golinhac à Conques

De Golinhac à Conques:

Conques, le joyau inégalé venant du Moyen-âge

 

Didier Heumann

Milena della Piazza

Aujourd’hui, c’est Conques, la belle étape attendue par tous les pèlerins, un peu comme St Jacques en Espagne. Le guide du pèlerin du XIIème siècle, écrit en latin, en narre déjà les vertus en ces mots : « Le très précieux corps de la bienheureuse Foy, vierge et martyre, fut  enseveli ici, dans une vallée que l’on nomme Conques. On bâtit alors sur son corps une belle basilique dans laquelle, pour la gloire de Dieu, on observe la règle de Saint Benoît. De nombreuses grâces sont accordées aux gens bien portants et aux malades. »

De nos jours, touristes, randonneurs et pèlerins se partagent Sainte Foy, dans un des plus beaux sites de France.

Nous sommes toujours en Aveyron, longeant la vallée du Lot sur les hauteurs. Nous arrivons au bout de la première partie du voyage. Demain, nous pénétrerons plus avant dans le centre de la France, direction Cahors.

Conques01

Mais encore faut-il arriver à Conques, à travers routes asphaltées et chemin rocailleux. Le chemin a fini de remonter vers le nord et file plein ouest. Il faut d’abord descendre longuement de Golinhac à Espeyrac. On le sait après quelques étapes. Le chemin descend toujours au fond d’un vallon pour remonter sur la crête suivante. De Espeyrac à Conques, ce ne sont que 14 kilomètres. Alors, depuis Espeyrac, Conques se mérite deux fois. D’abord par une grande montée de près de 300 mètres de dénivelé suivie d’un long faux plat, et une descente assez marquée vers Conques.

Conques Profil

Le GR65 longe les petits chalets du Pôle Bellevue et ses ânes pour sortir de Golinhac.

Espeyrac119

Espeyrac120
Espeyrac121
Il s’en va à plat sur le goudron dans la pleine campagne.

Jusqu’au hameau des Albuquiès, le GR65 va alterner entre chemin herbeux ou de terre et goudron A plat, en toute quiétude, avec le chemin de croix qui se perpétue et les vaches dans les prés. D’énormes chênes, sans doute plusieurs fois centenaires, encadrent le chemin, comme autant de piliers. Le seul contact avec ces géants exhale le sentiment de plénitude.

Espeyrac122

Espeyrac123

Espeyrac124

Espeyrac125
Espeyrac126

Nous sommes tout de même à encore 9 kilomètres à vol d’oiseau de Espeyrac.

L’étape d’aujourd’hui, si elle traverse il faut le dire de très beaux paysages, ne manque pas de goudron, même si les voitures sont quasi invisibles sur le parcours. Dommage ! Pour le bonheur des pèlerins, il arrive aussi que le GR65 se jette en sous-bois sur de vrais sentiers.

Espeyrac128

Espeyrac127
A la sortie du bois, voici le paisible hameau des Albuquiès.

Espeyrac131

Espeyrac132
Espeyrac134

A la sortie du hameau, le GR65 se décide pour un instant pour la vraie campagne et descend en pente douce dans les prés et les sous-bois où dominent les chênes. Les cultures sont assez rares dans la région et les paysans vivent surtout d’élevage. Dans ces entonnoirs de verdure émeraude, on voit parfois briller les saules.

Mais le chemin de terre ne dure pas. La vallée  s’évase et une  première ondulation est devant nous. On en  devine d’autres à l’horizon. Le GR65 retourne sur le goudron sur de très longs faux plats. Ici, la petite route a un revêtement si défoncé qu’il est très voisin de celui d’un chemin caillouteux. Ici, c’est un peu comme sur les routes qui montent, où  les camions s’amoncellent. Les pèlerins se rangent et s’égrènent en file indienne..

Espeyrac137

Espeyrac138

Au sommet de la montée, des bufflonnes prennent le frais dans une campagne gigantesque de plus de 50 hectares. On compte plus de 50 mères bufflonnes.  On trouve à se loger plus bas dans la ferme. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 9: logements, restauration).

Espeyrac139

Espeyrac Log17

A partir d’ici s’amorce une très longue descente sur Espeyrac. Hélas, presque exclusivement sur l’asphalte. Le pèlerin est là pour marcher, que cela lui plaise ou non, qu’il y trouve ou non son content de petits chemins de traverse dessinés avec amour dans les sous-bois.  Le pèlerin doit obéir au chemin, c’est la loi. Sans maudire, sans murmurer de blasphèmes.

Le GR65 rejoint aussitôt le GR6 en amont de Campagnac. Ici un taureau joue le beau au milieu de ses Limousines.

Espeyrac140

Espeyrac141
La route passe au Soulié, où un accueil permet de se loger et de se restaurer. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 9: logements, restauration).

Espeyrac144

Espeyrac Log18
Espeyrac145

Le Soulié, c’est une poignée de grosses maisons faites pour résister au temps, où la volaille caquette à qui mieux mieux.

Et la route continue de descendre. Sur la route tortueuse, chaque virage  nous conduit un peu plus bas dans l’étroitesse du vallon.  Tout est exubérant, touffu, une éternité de mousses, de branchages perdus au milieu de chênes rabougris.

La route gagne Carboniès, où les pots de fleur ont pris la clef des champs.

Espeyrac148

Espeyrac149

A partir du hameau, le GR65 hésite entre le chemin en sous-bois et l’asphalte pour franchir un petit ruisseau, juste en-dessus de Espeyrac.

La végétation se referme autour de l’eau qui se faufile entre les racines, les fourrés et les ronces. Les arbres sont couverts de lichens éthérés ou  d’une compresse fraîche de mousse.

Espeyrac152

Espeyrac156

A Espeyrac, il y a l’église, l’épicerie et le restaurant hôtel. C’est à peu près tout. Les habitants sont rares. Il n’y a pas de boulangerie, ce qui est tout dire pour la France. Le dépôt de pain est à l’épicerie. Cependant, les ruelles sont très agréables.

Dans l’église fraîche, vous croiserez peut-être une dame du village avec une grosse clef. C’est elle qui ferme l’église le soir. Ici, c’est une messe, tous les 3 mois.

Espeyrac153

Espeyrac154
A Espeyrac, il  n’y a que peu de possibilités de se loger. Si vous désirez faire halte ici, prenez vos dispositions à l’avance. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 9: logements, restauration).

Espeyrac Log19

Espeyrac Log21

Espeyrac Log20

A la sortie de Espeyrac, le chemin descend au bas du village pour traverser la Daze, la petite rivière qui coule dans la vallée, pour gagner le versant opposé.

Conques04

Conques06
Dire que le chemin qui remonte de l’autre côté du vallon est raide, c’est peu dire. De l’autre côté du vallon, Espeyrac disparaît progressivement derrière les feuillages.

Conques07

Conques09

Chemin faisant, le GR65 croise la Maison Viala, un gîte d’accueil. Dans la région, on pratique le gîte à tarif flottant. De manière assez générale, les pèlerins paient leur tribu de manière équivalente à ce qu’ils feraient dans des logements du même acabit. Il en va de la survie de ces gîtes très personnalisés et originaux. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 9: logements, restauration).

Conques10

Conques Log1

Le GR65 se rapproche de la départementale qui monte à Sénergues, mais n’y va pas tout de suite. Il continue sa marche en avant sur le goudron puis sur la terre battue, au milieu de petites fermes. Après avoir traversé le petit ruisseau de Tayrac, le GR65 rejoint la départementale. Pour le bonheur des marcheurs, les édiles ont dessiné un trottoir de terre qui longe la route.

Conques15

Conques16

Conques17

Conques18

La route arrive au hameau de Célis. Alors, le GR65 quitte le goudron pour un chemin de terre caillouteux qui va monter sans discontinuer  dans les haies de chênes et d’autres feuillus jusqu’à Sénergues.

Conques19

Conques22

Au premier coup d’œil, Sénergues se distingue par l’imposante tour et le clocher de l’église. On ne dénombre pas moins d’une dizaine de vestiges de fortifications dans la région. La tour carrée date de la guerre de Cent ans, érigée pour se défendre contre les « anglais ».

Conques26

Conques27

Sur son  éperon rocheux, Sénergues, avec ses 500 habitants, est un de ces villages paisibles, aux maisons massives articulées autour de la place de l’église. L’église actuelle, avec ses vitraux modernes étonnants date du XVIème siècle. Elle est dédiée au culte de St Martin.

Conques28

Conques29
Conques Log2
A Sénergues, on trouve à se restaurer et à loger. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 9: logements, restauration).

Conques33

Le GR65 monte en zigzaguant sur de petits chemins sur les hauts de Sénergues, passe devant un gîte aménagé pour les pèlerins.  Ce genre de refuge, on en trouve de temps à autres sur le chemin. Forts utiles, ils disposent de toilettes et parfois d’eau. D’autres ne sont que des toilettes à sec.

La montée est achevée et le GR65 va dodeliner sur la terre battue sur des kilomètres, le long de la forêt domaniale de Sénergues, au milieu des chênes, en pleine campagne. Ici, le bétail n’est pas présent en nombre. Ce sont surtout des cultures. Néanmoins, la réminiscence des barbelés suggère une certaine présence animale.

Conques35

Conques36

Certaines croix sur le chemin sont plus rudimentaires, mais fortes de  symboles. Le chemin de Compostelle, c’est aussi le chemin des petits cailloux au pied des croix et des statues. Cette tradition millénaire, que l’on retrouve aussi chez les musulmans qui vont à la Mecque, symbolise le fait que tous ensemble, les pèlerins ont la possibilité de déplacer des montagnes. Mais le symbole est sans doute l’effort et les sacrifices que le pèlerin est prêt à faire. Ainsi, il se charge de petits cailloux au Puy et les dispose sur le parcours, comme autant de grains de chapelet chargés de prières. La magie fait aussi parfois partie du discours. Les pierres vibrent et les croix sont placées dans des zones à fort pouvoir vibratoire. Dès lors, lorsque le pèlerin dépose sa pierre chargée de prières, il entre en communion avec les milliers de pèlerins qui ont aussi déposé leurs petits cailloux au pied de la croix.  Et la prière qu’il a enregistrée dans sa pierre va vibrer avec l’univers.

Conques37

Après la traversée d’un grand plateau, le large chemin de terre cède sa place à un chemin plus étroit, plus herbeux. Mais le paysage alentour ne varie pas. Les champs succèdent à d’autres champs, les prairies à d’autres prairies.

Conques38

Conques40
Conques42

Jusqu’à atteindre un carrefour, où les routes sont nettement plus nombreuses que les pèlerins. Ici, il ne faut pas se tromper et prendre la bonne. En cas de doute, lorsque la signalisation du GR n’est pas évidente, il faut faire quelques dizaines ou centaines de mètres et guetter d’éventuelles marques de signalisation. S’il n’y en a pas, on s’est trompé de chemin. Alors, il faut impérativement rebrousser chemin et tenter une nouvelle direction. Au risque de se perdre !

On ne le dira jamais assez. Mais le Chemin de Compostelle raffole du changement, surtout en ce qui concerne l’infrastructure routière. Non, ici  il ne suit pas la petite départementale. Il s’engage plutôt sur une autre petite route vicinale.  N’en ayez cure ! Le chemin va rejoindre un peu plus loin la dite départementale.

Il s’en va donc sur le goudron, puis bifurque à nouveau dans les prés.

Conques43

Conques44
Pas âme qui vive dans le coin. Le pays semble tout à fait dépeuplé. Un peu plus loin, le chemin de terre retrouve la départementale.

Conques45

Conques47

On comprend assez vite, lorsqu’on marche sur le Chemin de Compostelle, que de nombreux tronçons n’ont plus rien de commun avec les chemins du Moyen- Âge. L’homme moderne est passé par là, a goudronné par ci par là, créé de nouveaux chemins vicinaux pour faire transiter les tracteurs ou le bétail. Ce sont souvent sur ces derniers que progresse le pèlerin. Alors ici, le chemin vicinal ne va plus loin et les tracteurs retournent à leur point de départ sur le goudron. Nous aussi !

 

Conques48

Comme le marcheur n’a pas besoin de porter une attention soutenue aux pierres du chemin, son regard peut alors se focaliser sur les croix le long de la route et sur les magnifiques arbres qui poussent ici.
Les hêtres racés et élégants s’élancent, droits et superbes vers le ciel.  Les châtaigniers prennent la place qu’ils peuvent, se frayant un passage dans l’espace libéré par leurs voisins géants. Dans le pays, les châtaigniers ombreux ont déserté la montagne, trop froide pour eux, pour se réfugier dans la chaleur des  vallées plus sinueuses.

Conques49

Conques50

La route commence à descendre sur Conques, au milieu des chênes et des châtaigniers comme garde-fous. Les gentils édiles ont redessiné ici l’infrastructure routière et aménagé un joli chemin qui longe la route.

Conques51

Conques52

Parfois le chemin de terre s’éloigne un peu de la route. Alors on voit réapparaître le bétail. C’est aussi que l’on se rapproche de la civilisation. Allez !  Fontromieu, ce sont deux ou trois fermes, là où le GR65 se décide quitter définitivement la petite départementale.

Conques59b

Conques54
Conques55

Le GR65 ne quitte pas pour autant le goudron. Direction St Marcel, au-dessus de Conques.

Ici, la route remonte un peu et transverse des lieux dits à vocation totalement agricole. A Conques, la terre est souvent rougeâtre. Par temps de pluie, les fossés charrient souvent une  terre sanguinolente, une sorte de pellicule de terre gluante. C’est le grès rouge qui en est responsable, celui-là même que nous avons rencontré auparavant au Rouget, près du Sauvage.

Conques56

Conques57

St Marcel est à deux pas. C’est souvent ici que s’agglutinent  les pèlerins avant de descendre sur Conques. Un point d’eau et des buvettes agrémentent le lieu.  Une telle concentration de pèlerins (parfois plus de 100 personnes)  est souvent inhabituelle sur le Chemin de Compostelle français. Il y a raison à cela, bien sûr. Conques et à deux pas et aucun pèlerin ne veut décemment supprimer de son agenda une halte à Conques.  Ailleurs sur le chemin, les pèlerins se diluent et tous ne s’arrêtent pas dans les mêmes endroits. Alors, ici  St Marcel bourdonne comme une ruche.

Conques59

Conques61

Cependant, la descente sur Conques n’est pas encore agencée. La route goudronnée va encore un peu plus loin sur la crête. L’approche dure sur ce plateau désert avec, au devant une barrière d’arbres qui barre l’horizon. En dessous se dessine le  vaste amphithéâtre de Conques taillé dans les schistes, au pied des châtaigniers. Bruyères, genévriers et ajoncs s’accrochent sur les talus. Les orties dénoncent l’humidité de la région.

Conques62

Conques63
Encore une grosse ferme au bout de la route. Ici, on annonce le programme : Conques est à 30 minutes. Pas aussi certain pour les handicapés des rotules et des tendons. Et ils sont légion sur le Chemin de Compostelle au bout de quelques jours de marche.

Conques66

Conques67

300 mètres de dénivellation pour atteindre Conques. Au début, le chemin est pentu, mais large. Mais cela ne dure pas longtemps ainsi. Bientôt, un tout petit sentier pentu et rocailleux prend place. Pour votre bonheur, le sentier peut être sec, mais il peut aussi être recouvert de feuilles mortes très glissantes.

Le chemin s’enfonce dans des bois touffus, au milieu  desquels on reconnaît des hêtres, des érables et des châtaigniers, mais où le soleil ne pénètre guère. Le sentier se faufile à travers un lacis de ronces, de fougères rousses et de bruyères. Ici et là, des lianes, des troncs d’arbres par terre, se traînent, recouverts de lichen verdâtre et d’humidité poisseuse.

Conques68

Conques71
Tout se passe au milieu d’une végétation très dense, au milieu des fougères et du lierre, le long des mousses sur les murets. Le sous-bois suinte d’humidité dans un univers lascif et inextricable. Le sensuel naît de la façon dont les plantes se serrent les unes contre les autres avec volupté.

Conques72

Au bas de la descente, le GR65 rejoint le goudron sur les hauteurs de Conques.

Conques75

Conques77

Est-il encore possible de dire quelque chose de neuf sur Conques ?  Sans doute, pas. La première fois que l’on y va, c’est un choc. Mais, la magie demeure, même si on y retourne souvent. Et surtout, en y venant à pieds !

Le village est situé au-dessus du Dourdou, la petite rivière qui coule dans la vallée. L’Ouche n’est pas loin, et la région forme une sorte de coquille, concha, en latin, conca en occitan, qui aurait donné  le nom au village. Les maisons accrochées à mi pente semblent comme autant de forteresses placées là comme sentinelles pour garder le joyau qu’est l’abbatiale.

Conques79

Vous ne verrez que rarement Conques ainsi, désert. Les photos ont été prises en mai, peu avant 11 heures. Les touristes sont encore rares, et se concentrent surtout autour de l’abbatiale. Si vous passez ici en saison, le nombre de touristes est considérable.

Conques, c’est avant tout l’abbatiale Sainte-Foy. Le lien établi entre le pèlerinage à Compostelle a valu à Conques son classement au Patrimoine mondial de l’humanité. Il en est ainsi de l’abbatiale et du pont romain sur le Dourdou.

Conques80

Un peu d’histoire pour situer Conques. On dit que Charlemagne aurait eu beaucoup d’affection pour cette région, où il aurait fait construire un petit oratoire. Mais l’histoire débute vraiment avec l’abbé Dadon qui y fonde un monastère et qui adopte la règle de Saint Benoît en 819. Quelques dizaines d’années plus tard, un moine de Conques, Ariviscus, « vole » les reliques de Sainte Foy dans une abbatiale près d’Agen. Foy avait subi le martyre à l’âge de 12 ans, en 303. Ce vol pieux, pratique courante à l’époque, aurait immédiatement déclenché des miracles, et les pèlerins accoururent en masse à Conques. L’abbaye atteint son apogée au Moyen-âge, puis progressivement décline, pour être abandonnée à la Révolution française. Conques est redécouverte en 1837 par Prosper Mérimée, alors inspecteur des monuments historiques. Le trésor et le grand portail avaient été conservés par les habitants des lieux, mais l’église avait subi de nombreux dégâts.

En 1873, l’abbatiale est cédée à l’ordre des Prémontrés. Les cloches de l’abbatiale se remettent à sonner, ce qu’elles font encore aujourd’hui.

L’abbatiale fut commencée au XIème siècle, et personne ne connaît vraiment la date de fin de la construction. C’est une église romane avec son déambulatoire et ses chapelles rayonnantes. Le plan en croix est classique, si ce n’est que le transept est plus long que la nef, à cause de la configuration du terrain. Les tours de la façade sont plus récentes, ayant été refaites au XIXème siècle.

L’intérieur est d’une sobriété remarquable, comme le sont généralement les églises romanes. La voûte culmine à plus de 20 mètres du sol. Le déambulatoire permet aux fidèles de se recueillir sur les reliques de  Sainte Foy d’Agen. A remarquer les magnifiques nouveaux vitraux de Pierre Soulages et Jean-Dominique Fleury, réalisés à la fin du siècle passé, qui ajoutent une atmosphère dépouillée, géométrique  et contemporaine à l’ensemble.

Le portail de l’église est surmonté d’un tympan décrivant le Jugement dernier, d’après l’Évangile de St Mathieu.  Il y a plus de 100 personnages, dont au centre le Christ majestueux, avec, à sa droite, les élus, et à sa gauche, les damnés de l’Enfer.  Mais on y reconnaît aussi  Charlemagne le bienfaiteur, l’abbé Dadon, fondateur de l’abbaye, quelques anges, un ivrogne pendu par les pieds, Satan et ses péchés capitaux, traités en allégorie.

 

Conques81

Le cloître, de la même époque, a disparu en grande partie au  début du XIXème siècle, ses matériaux servant de carrière aux habitants du village. L’écrivain Propser Mérimée arriva heureusement quelques années pour en sauver une toute petite partie, en particulier les arcades qui menaient au  réfectoire des moines.

Mais Conques, c’est aussi de charmantes ruelles. Ici, le schiste règne en maître. Il fournit la pierre à bâtir, les pavés des ruelles et les lauzes des toits qui remplacent les conventionnelles ardoises.  Parfois, le schiste cède sa place au grès, qui peut être gris ou rose. Toute cette ambiance de teinte ocre aux nuances rosées donne au village une harmonie indiscutable.

Conques82

Conques93

Ici, à Conques, les ruelles moins remplies de marchands du temple et de boutiques de souvenirs et de pacotille, ce qui est trop souvent le cas des belles cités moyenâgeuses. Une atmosphère de douce sérénité recouvre tout le village, du haut en bas, si ce n’est autour de l’église, un endroit un peu plus commercial. En été, la foule se presse autour de l’église.

Conques83

Conques84

Conques85bis

Conques85
Conques86

Comme Conques est une étape incontournable, les logements y abondent. Si vous désirez loger à L’abbaye des Prémontrés, ce que presque les pèlerins aimeraient faire, il y a beaucoup de place, mais prenez vos dispositions à l’avance.  Ce lieu, emprunt de sérénité et de grâce, fait aussi partie des grands lieux du Chemin de Compostelle. Mais comme Conques est aussi une place touristique, on trouve aussi des logements et des restaurants plus chers.

Voici comment se passe le séjour à l’Abbaye des Prémontrés.

L’accueil se passe sur le pas de la porte, au pied de la vénérable abside de l’abbatiale. Comme dans les aéroports, on vous met en file d’attente. Tellement il y a de monde, on contrôle votre réservation (il vaut mieux en avoir une !) et on vous assigne un numéro pour passer au guichet. Cela vous laisse beaucoup de temps pour empaqueter vos affaires dans des sacs en plastique spécialement traités contre les punaises de lit, la grande plaie des gîtes du Chemin de Compostelle.

Conques87

Dans la cour intérieure ouverte sur le ciel, les pèlerins s’affairent, aidés par une demi-douzaine de volontaires qui gèrent le logement. Les Frères Prémontrés, qui sont au nombre de 6 personnes, ne gèrent que le spirituel de l’affaire.

Conques88

Conques89

Les volontaires restent ici des jours, des semaines, voire des mois et des années. Ils viennent de tous les horizons, passent ici, puis continuent le chemin. Chez eux, tout est gentillesse et bienveillance. Leur aide est vitale pour ne pas se perdre dans les escaliers et les étages, pour trouver son lit.

Conques91

Conques90

Le programme spirituel est copieux et se passe dans l’abbatiale. Quatre temps de prière rythment la journée: les laudes à 7h30, l’office du milieu du jour, les vêpres à18h00 et les complies à 20h30, suivie de la bénédiction des pèlerins. De nombreux pèlerins y assistent, les autres se contentant de flâner dans les ruelles du village.

Le repas a lieu à 19h00 dans le grand réfectoire.

 

Conques92

Après le repas, les vêpres et la bénédiction, les pèlerins se rassemblent devant la porte de l’abbatiale et écoutent dans le silence de la nuit la description des détails des personnages gravés sur le tympan. Les étrangers qui ne comprennent pas le français se content de humer l’atmosphère. L’apothéose se passe à l’intérieur de l’église, lorsque les colonnes romanes vibrent aux sons issus de l’orgue joué par un des Frères Prémontrés. Le sentiment ici est que Conques n’appartient plus qu’aux pèlerins qui logent à l’Abbaye des Prémontrés. Les hordes de touristes ont disparu. Les autres pèlerins achèvent leur dîner dans les restaurants ou dorment déjà dans des hôtels plus confortables, ou alors dans les pierres du magnifique gîte communal, en gestion autonome.

Conques94

Conques95
On remet ses souliers et ses bâtons au râtelier. Bonne nuit les petits !

Conques96

Conques97

Pour les « malheureux », on trouve bien évidemment d’autres logements à Conques. Il n’est pas difficile d’imaginer que plus de 150 pèlerins passent leur nuit à Conques, en saison. 96 d’entre eux sont déjà logés à l’Abbaye des Prémontrés.  Il y a d’abord ce magnifique gîte communal, perdu dans les ruelles au sommet du village. Pour les gastronomes et fortunés, il y a  l’incontournable Moulin de Cambelong. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 9: logements, restauration).

Conques Log3

Conques Log4

Conques Log5

Conques Log6

Conques Log7

Conques Log8

Conques Log9

Conques Log11

Conques Log10

Pour marque-pages : permalien.

Une réaction à Etape 9: De Golinhac à Conques

  1. Deliessche a écrit:

    Un recit magnifique.bravo à vous pour ce récit du chemin, chemin que j’ai réalisé en mai dernier du Puy à Conques.bravo pour tous vos commentaires, vos photos, vos anecdotes…je crois que je vais relire ce recit encore plusieurs fois…une façon de me ronger dans le chemin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *